
Discours de Riyad - Janvier 2008
Monsieur le Président du Conseil Consultatif,
Je vous remercie des mots chaleureux par lesquels vous m'avez
accueilli. Monsieur le Président,
Messieurs les Membres du Conseil,
A travers vous j'adresse à toute la nation saoudienne
le salut fraternel de la France.
Ce salut, je veux l'adresser aussi à toute la nation arabe
et à toute la communauté des croyants.
Je n'oublie pas que pour tous les musulmans l'Arabie Saoudite
c'est une terre sacrée où le Prophète a
recueilli la parole de Dieu pour l'enseigner aux hommes. Tous
les musulmans à travers le monde pensent cela de l'Arabie
Saoudite.
D'ici partit il y a 14 siècles le grand élan de
piété, de ferveur, de foi qui allait tout emporter sur
son passage, qui allait convertir tant de peuples et faire naître
l'une des plus grandes, des plus belles civilisations que le
monde ait connu.
Ici, en Arabie Saoudite, ce sont les lieux les plus saints de l'Islam,
vers lesquels chaque Musulman dans le monde se tourne pour prier.
Sans doute, Musulmans, Juifs et Chrétiens ne croient-ils pas
en Dieu de la même façon.
Sans doute n'ont-ils pas la même manière de vénérer
Dieu, de le prier, de le servir.
Mais au fond, qui pourrait contester que c'est bien le même
Dieu auquel s'adressent leurs prières ? Que c'est
bien le même besoin de croire. Que c'est le même
besoin d'espérer qui leur fait tourner leurs regards et
leurs mains vers le Ciel pour implorer la miséricorde de Dieu,
le Dieu de la Bible, le Dieu des Evangiles et le Dieu du Coran ?
Finalement, le Dieu unique des religions du Livre.
Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur
de chaque homme.
Dieu qui n'asservit pas l'homme mais qui le libère.
Dieu qui est le rempart contre l'orgueil démesuré et
la folie des hommes.
Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de
délivrer à tous les hommes un message d'humilité et
d'amour, un message de paix et de fraternité, un message
de tolérance et de respect.
Ce message, il a souvent été dénaturé.
Ce message, il a souvent été détourné.
Beaucoup de crimes dans l'Histoire ont été commis
au nom de la religion, qui n'avaient en réalité rien à voir
avec elle, qui étaient un reniement, qui étaient une
trahison de la religion.
Les crimes qui ont été commis au nom de la religion n'étaient
pas dictés par la piété, ces crimes n'étaient
pas dictés par le sentiment religieux, ces crimes n'étaient
pas dictés par la foi, ils étaient dictés par
le sectarisme, par le fanatisme, par la volonté de puissance
sans limite. Souvent le sentiment religieux a été instrumentalisé,
souvent il a servi de prétexte pour atteindre d'autres
objectifs et pour satisfaire d'autres intérêts.
Et aujourd'hui, encore, je l'affirme devant vous, ce n'est
pas le sentiment religieux qui est dangereux. C'est son utilisation à des
fins politiques régressives au service d'une nouvelle
barbarie.
Tous ces excès, toutes ces dérives doivent-ils nous amener à condamner
la religion ? Je l'affirme, je réponds non, car le remède
serait pire que le mal. Le sentiment religieux n'est pas plus
condamnable à cause du fanatisme que le sentiment national ne
l'est à cause du nationalisme.
En tant que chef d'un Etat qui repose sur le principe de la
séparation de l'Eglise et de l'Etat, je n'ai
pas à exprimer ma préférence pour une croyance
plutôt que pour une autre.
Je dois les respecter toutes, je dois garantir que chacun puisse librement
croire ou ne pas croire, que chacun puisse pratiquer son culte dans
la dignité.
Je respecte ceux qui croient au Ciel autant que ceux qui n'y
croient pas.
J'ai le devoir de faire en sorte que chacun, qu'il soit
juif, catholique, protestant, musulman, athée, franc-maçon
ou rationaliste, se sente heureux de vivre en France, se sente libre,
se sente respecté dans ses convictions, dans ses valeurs, dans
ses origines.
Mais j'ai le devoir aussi de préserver l'héritage
d'une longue histoire, d'une culture, et, j'ose le
mot, d'une civilisation. Et je ne connais pas de pays dont l'héritage,
dont la culture, dont la civilisation n'aient pas de racines
religieuses.
Je ne connais pas de culture, pas de civilisation où la morale,
même si elle incorpore bien d'autres influences philosophiques,
n'ait un tant soit peu une origine religieuse.
Dans le fond de chaque civilisation il y a quelque
chose de religieux, quelque chose qui vient de la religion. Et dans
chaque civilisation
il y a aussi quelque chose d'universel, quelque chose qui la
relie à toutes les autres civilisations.
Et d'ailleurs depuis que la civilisation est apparue face à la
barbarie, depuis que les relations entre les hommes ont cessé d'être
exclusivement fondées sur la brutalité et sur la violence,
depuis que par un effort toujours recommencé sur lui-même
l'Homme a cherché, sans toujours y parvenir, à domestiquer
ses instincts, les civilisations se rencontrent, dialoguent, échangent,
se fécondent les unes les autres.
Il n'y a pas de civilisation qui ne soit le produit d'un
métissage. L'Occident a recueilli l'héritage
grec grâce à la civilisation musulmane. Et fut la civilisation
de la Grèce antique, elle le devait pour une large part à ce
qu'elle avait hérité de l'Egypte et de l'Orient.
C'est peut-être dans le religieux que ce qu'il y
a d'universel dans les civilisations est le plus fort. Ce sont
les religions, malgré tous les forfaits qui ont pu être
perpétrés en leur nom, qui nous ont les premières
appris les principes de la morale universelle, l'idée
universelle de la dignité humaine, la valeur universelle de
la liberté et de la responsabilité, de l'honnêteté et
de la droiture.
Sa Majesté le Roi Abdallah n'a pas dit autre chose en
adressant aux pèlerins venus du monde entier ces paroles magnifiques
de vérité et de sagesse :
«
Les grandes religions divines se rassemblent autour d'un certain
nombre de principes communs et partagent les grandes valeurs de tolérance.
Ces valeurs font dans leur ensemble l'esprit d'humanité et
distinguent l'Homme des autres créatures. Je veux parler
des valeurs d'intégrité morale dans la parole et
l'action, la tolérance, la solidarité, l'égalité,
la dignité et le souci de cette pierre angulaire pour chaque
société, à savoir la famille (…). Qu'il
me soit permis, poursuit Sa Majesté, d'inviter tous ceux à qui
parviendront ces mots à nous rappeler ce qui réunit les
religions, les croyances et les cultures. » Lorsque Sa Majesté parle
ainsi, elle parle de valeurs universelles, elle pourrait parler au
nom de tous les hommes.
Cette vérité qu'il y a dans toutes les religions,
les croyances et les cultures quelque chose d'universel qui permet à tous
les hommes de se reconnaître comme faisant partie de l'Humanité,
de se parler, de se comprendre, de se respecter, de s'aimer.
Je le dis devant votre Conseil, cette vérité, car c'est
bien une vérité, nous avons tous, en Arabie Saoudite
comme en France, le devoir de la promouvoir parce que c'est par
elle que nous pouvons vaincre la barbarie de ces barbares qui n'accordent
aucun prix à la vie et à la dignité de la personne
humaine.
Cette vérité nous avons le devoir de la faire reconnaître
parce que sa reconnaissance est la condition de la paix, la condition
de la fraternité et la condition du progrès humain.
L'Homme n'est pas sur Terre pour détruire la vie
mais pour la donner.
L'homme n'est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer.
L'homme n'est pas sur Terre pour transmettre à ses
enfants moins qu'il n'a reçu mais davantage.
C'est au fond ce qu'enseignent toutes les grandes religions
et toutes les grandes philosophies. C'est l'essence de
toute culture et de toute civilisation.
C'est ce sur quoi nous devons fonder la politique de civilisation
dont le monde a aujourd'hui un urgent besoin.
Alors mes chers amis d'Arabie Saoudite, il ne s'agit pas
de chercher à imposer un modèle unique de civilisation.
Ce serait répéter une fois de plus l'erreur tragique
qui dans le passé a provoqué tant de malheurs.
Ce serait nier les identités.
Ce serait faire le jeu de tous les extrémismes.
Ce serait susciter non la paix et la fraternité mais la violence,
la guerre et le terrorisme car rien n'est plus dangereux qu'une
identité blessée, qu'une identité humiliée.
Une identité humiliée, c'est une identité radicalisée.
Si la globalisation provoque tant de critiques, tant de crispations,
tant de rejets, c'est d'abord parce qu'elle est trop
souvent ressentie comme une menace pour les identités.
La vie de l'Homme n'a pas qu'une dimension matérielle.
Il ne suffit pas à l'Homme de consommer pour être
heureux.
Une politique de civilisation, c'est une politique qui se donne
pour but de civiliser la globalisation. C'est une politique qui
intègre la dimension intellectuelle, morale, spirituelle. C'est
une politique qui cherche à conjurer la menace du choc des civilisations
en mettant l'accent sur ce qui réunit les hommes, par-delà ce
qui les oppose.
Une politique de civilisation, c'est une politique de la diversité,
c'est une politique qui fait du respect de la diversité des
opinions, des cultures, des croyances, des religions un principe universel.
Mes chers amis saoudiens, la diversité ce n'est pas seulement
une valeur occidentale. C'est une valeur qui doit être
commune à toutes les civilisations.
D'ailleurs, la diversité, c'était une valeur
qui était à l'honneur à Alexandrie, à Constantine, à Cordoue.
C'est une valeur que j'ai voulu faire respecter en France
en créant le Conseil du Culte Musulman.
C'est la valeur qui m'inspire quand je veux faciliter la
construction de mosquées en France pour que les musulmans français
puissent prier dans des lieux de culte décents.
C'est la volonté de promouvoir la diversité comme
valeur qui sous-tend la politique française au Liban. Comme
l'Arabie saoudite, la France ne ménagera aucun effort
pour que le Parlement libanais puisse élire dans les meilleurs
délais un Président en qui se reconnaîtront les
composantes de la nation libanaise dans leur diversité. La France
appuie sans réserve le plan de la Ligue arabe, qui rejoint en
tous points ses propositions. Mais la diversité ce n'est
pas bien en France, et ce n'est pas mal ailleurs. La diversité est
une nécessité civilisatrice.
Une politique de civilisation, c'est une politique de solidarité,
une politique de partage.
C'est une politique qui ne veut pas seulement s'occuper
des conséquences mais qui veut aussi s'attaquer aux causes,
aux causes de la misère, aux causes de l'inégalité.
C'est une politique qui reconnaît tous les hommes et tous
les peuples égaux en droits, égaux en devoirs, égaux
en dignité, c'est une politique qui place la vie au-dessus
de tout. C'est une politique des intérêts vitaux
de l'humanité. C'est une politique de responsabilité vis-à-vis
des générations futures, vis-à-vis Monsieur le
Président de la planète.
C'est une politique qui veut lutter contre les dérives
de la modernité, qui veut lutter contre les excès de
la technique, de l'économie, de la finance, qui veut lutter
contre la pollution, contre la dégradation de l'environnement.
C'est une politique du développement durable.
Mais une politique de civilisation, c'est d'abord une
politique de justice. Car le sentiment d'injustice nourrit la
haine.
Justice pour le peuple palestinien, c'est la condition de la
paix et de la sécurité d'Israël.
Je salue le plan de règlement de Sa Majesté le Roi Abdallah,
approuvé par la Ligue arabe. Depuis les conférences d'Annapolis
et de Paris, l'espoir renaît. Une paix juste est possible
avec la création dès cette année d'un Etat
palestinien viable et moderne. Oui, la paix est possible ! Aucun effort
ne devra être épargné pour y parvenir par la négociation
entre les parties. La communauté internationale tout entière
doit être prête à accompagner avec détermination
la mise en oeuvre d'un accord.
La justice, nous la devons à tous les peuples opprimés, à tous
les exploités, à tous ceux qui souffrent de ne pas voir
reconnue leur dignité d'être humain. La justice,
nous la devons à toutes les femmes, à tous les enfants
martyrisés dans le monde, si nous voulons pouvoir vivre en paix
sur cette Terre, si nous voulons pouvoir arracher du cœur des
hommes le ressentiment et la vengeance.
C'est parce qu'elle veut œuvrer pour la justice que
la France veut parler à tout le monde. Comment faire progresser
la justice si l'on ne parle pas à ceux qui commettent
des injustices ?
C'est pour la justice qu'au nom de la France, devant l'Assemblée
Générale des Nations Unies, j'ai appelé le
monde au partage plus équitable des rentes et à un New
Deal économique et écologique à l'échelle
de la planète. _C'est au nom de la justice que la France
a pris l'initiative de réunir la conférence des
Etats donateurs en faveur de l'autorité palestinienne.
C'est au nom de la justice qu'elle s'est engagée
si fortement en faveur de la cause de l'indépendance du
Liban et de la cause du Darfour où se joue l'un des plus
terribles drames humains de notre époque.
C'est au nom de la justice que la France soutient que l'accès
au nucléaire civil doit être un droit pour tous les peuples.
C'est au nom de la justice que la France plaide pour le codéveloppement.
C'est pour que s'apaise le sentiment d'injustice,
pour que s'apaisent les rancœurs et les haines, que la France
a pris l'initiative de proposer à tous les pays riverains
de la Méditerranée de s'unir dans l'Union
pour la Méditerranée autour de l'idée du
partage, de la solidarité, de la compréhension et du
respect.
Ce que propose la France, avec l'Italie et avec l'Espagne,
c'est d'en finir avec le caractère profondément
inégalitaire du dialogue entre le Nord et le Sud et de s'engager
dans la voie d'une association où chaque pays de la Méditerranée
aura une part égale.
Ce ne sera plus le Nord qui viendra donner des leçons au Sud,
ce sera un échange où chacun apprendra de l'autre,
ce sera un effort partagé où chacun contribuera à forger
une destinée commune.
Chacun, remontant aux sources de ce qu'il est et de ce qu'il
croit, retrouvera les origines communes, ce qui rapproche les religions
du Livre et les civilisations qui en sont issues, et tous ensemble,
je dis bien tous ensemble, héritiers du judaïsme, du christianisme,
de l'Islam, nous resouvenant de ce que nous devons à l'Egypte, à la
Grèce et à Rome, ayant tous ensemble dans le cœur
quelque chose qui nous rattache à Alexandrie, à Jérusalem
et à Cordoue, eh bien nous apprendrons à parler d'une
même voix à tous les hommes d'un grand rêve
de civilisation plus fort que la bêtise, plus fort que la violence,
plus fort que la haine.
La politique de civilisation, c'est ce que font tous ceux qui
au sein même de l'Islam - comme des autres religions -
luttent contre le fanatisme et contre le terrorisme, ceux qui en appellent
aux valeurs fondamentales de l'Islam pour combattre l'intégrisme.
L'intégrisme, c'est la négation de l'Islam.
La politique de civilisation, c'est ce que font tous ceux qui œuvrent
pour un Islam ouvert, un Islam qui se souvient des siècles où il était
le symbole de l'ouverture d'esprit et de la tolérance,
qui se souvient que ses savants traduisirent Aristote et Platon et
qu'ils furent pendant des siècles, les savants de l'islam, à la
pointe du progrès des sciences.
La politique de civilisation, c'est ce que font tous ceux qui
s'efforcent de concilier le progrès et la tradition, de
faire la synthèse entre l'identité profonde de
l'Islam et la modernité sans choquer la conscience des
croyants.
C'est ce que fait l'Arabie Saoudite sous l'impulsion
de Sa Majesté le Roi Abdallah.
C'est ce que fait le Président Moubarak en Egypte avec
la sagesse qui est la sienne.
C'est ce que fait Sa Majesté le Roi du Maroc quand par
touches successives il fait évoluer le droit des femmes.
Sur la condition des femmes, sur la liberté d'expression,
l'Arabie saoudite elle aussi s'est mise en mouvement. Lentement,
certes, mais qui ne serait impressionné par les changements
qui se sont produits en quelques années, dans le respect de
l'intégrité des lieux saints de l'Islam,
qui est une exigence avec laquelle le Royaume ne peut pas transiger
et qui l'oblige à être pour les croyants du monde
entier un modèle de piété et de fidélité à la
tradition ?
C'est à cause de cette exigence, c'est à cause
de ce que représente l'Arabie Saoudite pour tous les musulmans, à cause
aussi de l'autorité morale et religieuse du Roi Abdallah,
que ce qui se passe chez vous est si important. Et quand en juin 2006,
six femmes sont pour la première fois désignées
comme administratrices du Conseil Consultatif, cela représente
ici une évolution dont je mesure bien la portée et que
je salue.
C'est ici, en Arabie Saoudite que le changement est le plus délicat,
le plus difficile sans doute, mais c'est ici aussi, il faut que
vous en ayez conscience que ce changement a la plus grande valeur symbolique,
la plus grande portée pour le monde.
Le rôle d'équilibre et de modération que
joue l'Arabie Saoudite n'a pas seulement une importance
régionale. Il a une importance mondiale.
Votre rôle ne s'inscrit pas dans le court terme. Votre
rôle s'inscrit dans la longue durée de l'histoire
des civilisations.
Ici, en Arabie Saoudite, se joue le rapport de l'Islam avec la
modernité. Ici, en Arabie Saoudite l'Islam démontrera
une forme de modernité qui lui est propre, qui ne viendra pas
détruire son identité, qui n'entrera pas en conflit
avec la foi.
C'est cela qui donne à l'Arabie Saoudite une importance
si grande sur la scène du monde.
Quand Sa Majesté le Roi Abdallah rencontre le Pape, ce geste
a plus d'importance pour la paix et pour l'avenir de la
civilisation que bien des conférences internationales.
En faisant ce geste d'une portée immense, d'une
portée symbolique, il signifie au monde, ce geste, qu'aux
yeux du Roi, le temps n'est plus pour les religions à se
combattre entre elles, mais à combattre ensemble contre le recul
des valeurs morales et spirituelles, contre le matérialisme,
contre les excès de l'individualisme.
En faisant ce geste, Sa Majesté indique la voie du salut qui
n'est pas dans la fermeture et dans le rejet mais dans l'ouverture
aux autres et au monde.
Tout ce qui se passe ici, toute la politique de l'Arabie Saoudite,
tout ce qu'exprime, tout ce que fait Sa Majesté le Roi
Abdallah montre une volonté non de rejeter la modernité mais
de l'apprivoiser pour la transformer, et la mettre au service
d'une certaine idée de l'Homme, d'un projet
de civilisation.
C'est la voie que la France, par ailleurs si différente
du point de vue de sa tradition, de sa culture, de son histoire, a
elle aussi choisie.
La France ne veut pas être seulement un partenaire économique
stratégique pour l'Arabie Saoudite, même si dans
ce domaine, comme dans le domaine scientifique ou technique, nous avons
d'énormes choses à faire ensemble.
La France veut être aussi pour l'Arabie Saoudite un partenaire
politique, parce que l'Arabie Saoudite et la France partagent
les mêmes objectifs d'une politique de civilisation, parce
que l'Arabie Saoudite et la France ont le même souci de
tout faire pour que soit évité le choc des civilisations
et la guerre des religions, parce que l'Arabie Saoudite et la
France ont toutes deux dans le monde, chacune à sa manière,
une influence morale qui leur fait un devoir de se battre pour la paix
et pour la justice.
L'Arabie Saoudite et la France n'ont pas seulement des
intérêts en commun. Elles ont aussi un idéal commun.
Elles doivent s'unir pour le faire progresser malgré toutes
les forces qui dans le monde s'y opposent.
Vous l'avez compris, Monsieur le Président, Messieurs,
la France veut être l'amie de l'Arabie Saoudite.
La France veut être l'amie du monde arabe.
Une amie qui ne cherche pas à donner des leçons mais
qui dit la vérité.
Une amie qui ne demande rien mais qui est là quand on a besoin
d'elle.
Mesdames et Messieurs, vive l'amitié franco-saoudienne
!
Vive l'amitié franco-arabe !
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Allocution de M. le Président de la République
dans la salle de la signature du Palais de Latran
ROME - JEUDI 20 DECEMBRE 2007
Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Permettez-moi d'adresser mes premières paroles au cardinal
Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie
qu'il vient de présider. J'ai été sensible
aux prières qu'il a bien voulu offrir pour la France et
le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour
l'accueil qu'il m'a réservé dans cette
cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.
Je vous serais également reconnaissant, Eminence, de bien vouloir
transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères
remerciements pour l'ouverture de son palais pontifical qui nous
permet de nous retrouver ce soir. L'audience que le Saint Père
m'a accordée ce matin a été pour moi un
moment d'émotion et de très grand intérêt.
Je renouvelle au Saint Père l'attachement que je porte à son
projet de déplacement en France au deuxième semestre
de l'année 2008. En tant que Président de tous
les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective
suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses.
Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît
XVI sera le bienvenu en France.
***
En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant
le titre de chanoine d'honneur de cette basilique, qui fut conféré pour
la première fois à Henri IV et qui s'est transmis
depuis lors à presque tous les chefs d'Etat français,
j'assume pleinement le passé de la France et ce lien si
particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Eglise.
C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue
Fille aînée de l‘Eglise. Les faits sont là.
En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement
a eu des conséquences importantes sur le destin de la France
et sur la christianisation de l'Europe. A de multiples reprises
ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français
ont eu l'occasion de manifester la profondeur de l'attachement
qui les liait à l'Eglise et aux successeurs de Pierre.
Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers
Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de
notre plus ancienne représentation diplomatique.
Au-delà de ces faits historiques, c'est surtout parce
que la foi chrétienne a pénétré en profondeur
la société française, sa culture, ses paysages,
sa façon de vivre, son architecture, sa littérature,
que la France entretient avec le siège apostolique une relation
si particulière. Les racines de la France sont essentiellement
chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du
christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle
et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée
universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent
de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse
de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam,
Charles de Foucauld… Contribution littéraire et artistique
: de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos,
Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution
intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal,
Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier,
Henri de Lubac, René Girard… Qu'il me soit permis
de mentionner également l'apport déterminant de
la France à l'archéologie biblique et ecclésiale,
ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu'à l'exégèse
biblique, avec en particulier l'Ecole biblique et archéologique
française de Jérusalem.
Je veux aussi évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal
Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été.
Son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement
dépassé les frontières de la France. J'ai
tenu à participer à ses obsèques car aucun Français
n'est resté indifférent au témoignage de
sa vie, à la force de ses écrits, au mystère de
sa conversion. Pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une
grande peine. Debout à côté de son cercueil, j'ai
vu défilé ses frères dans l'épiscopat
et les nombreux prêtres de son diocèse, et j'ai été touché par
l'émotion qui se lisait sur le visage de chacun.
***
Cette profondeur de l'inscription du christianisme dans notre
histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par
la présence jamais interrompue de Français au sein de
la Curie, aux responsabilités les plus éminentes.
Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard,
le
cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l'action honore la
France.
Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans
ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle
de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille.
Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président
de la République française le chanoine d'honneur
de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n'est pas rien.
C'est la cathédrale du Pape, c'est la « tête
et la mère de toutes les églises de Rome et du monde »,
c'est une église chère au cœur des Romains.
Que la France soit liée à l'Eglise catholique par
ce titre symbolique, c'est la trace de cette histoire commune
où le christianisme a beaucoup compté pour la France
et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c'est
donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle,
comme Valéry Giscard d'Estaing, et plus récemment
Jacques Chirac, que je suis venu m'inscrire avec bonheur dans
cette tradition.
***
Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également
un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que
sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques,
chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme
après 1905. Je sais que l'interprétation de la
loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance,
de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective
du passé. C'est surtout par leur sacrifice dans les tranchées
de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens,
que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l'anticléricalisme
; et c'est leur intelligence commune qui a permis à la
France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles
et de rétablir leurs relations.
Pour autant, il n'est plus contesté par personne que
le régime français de la laïcité est aujourd'hui
une liberté : liberté de croire ou de ne pas croire,
liberté de pratiquer une religion et liberté d'en
changer, liberté de ne pas être heurté dans sa
conscience par des pratiques ostentatoires, liberté pour les
parents de faire donner à leurs enfants une éducation
conforme à leurs convictions, liberté de ne pas être
discriminé par l'administration en fonction de sa croyance.
La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions
plus diverses qu'autrefois. Dès lors la laïcité s'affirme
comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une
condition de la paix civile. Et c'est pourquoi le peuple français
a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire
que pour souhaiter l'interdiction des signes ostentatoires à l'école.
Cela étant, la laïcité ne saurait être la
négation du passé. Elle n'a pas le pouvoir de couper
la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de
le faire. Elle n'aurait pas dû. Comme Benoît XVI,
je considère qu'une nation qui ignore l'héritage éthique,
spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture,
contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art
et de traditions populaires, qui imprègne si profondément
notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c'est
perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale,
et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant
besoin de symboles de mémoire.
C'est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de
la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France,
et même les valoriser, tout en défendant la laïcité enfin
parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche
que j'ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.
***
Le temps est désormais venu que, dans un même esprit,
les religions, en particulier la religion catholique qui est notre
religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent
ensemble les enjeux de l'avenir et non plus seulement les blessures
du passé.
Je partage l'avis du pape quand il considère, dans sa
dernière encyclique, que l'espérance est l'une
des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle
des Lumières, l'Europe a expérimenté beaucoup
d'idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans
l'émancipation des individus, dans la démocratie,
dans le progrès technique, dans l'amélioration
des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque.
Elle s'est fourvoyée gravement dans le communisme et dans
le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que
je ne mets évidemment pas sur le même plan - n'a été en
mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver
un sens à l'existence.
Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche
scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier
si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela
peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes
espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en
chemin » pour reprendre les termes même de l'encyclique
du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant
aux questions fondamentales de l'être humain sur le sens
de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas
expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après
la mort.
Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques.
Et ces questions essentielles n'ont rien perdu de leur pertinence.
Bien au contraire. Les facilités matérielles de plus
en plus grandes qui sont celles des pays développés,
la frénésie de consommation, l'accumulation de
biens, soulignent chaque jour davantage l'aspiration profonde
des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse,
car moins que jamais elles ne la comblent.
« Quand les espérances se réalisent, poursuit
Benoît XVI, il apparaît clairement qu'en réalité,
ce n'est pas la totalité. Il paraît évident
que l'homme a besoin d'une espérance qui va au-delà.
Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose
d'infini, quelque chose qui sera toujours ce qu'il ne peut
jamais atteindre. […] Si nous ne pouvons espérer plus
que ce qui est accessible, ni plus que ce qu'on peut espérer
des autorités politiques et économiques, notre vie se
réduit à être privée d'espérance ».
Ou encore, comme l'écrivit Héraclite, « Si
l'on n'espère pas l'inespérable, on
ne le reconnaîtra pas ».
Ma conviction profonde, dont j'ai fait part notamment dans ce
livre d'entretiens que j'ai publié sur la République,
les religions et l'espérance, c'est que la frontière
entre la foi et la non-croyance n'est pas et ne sera jamais entre
ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu'elle traverse
en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme
ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu'il ne s'interroge
pas sur l'essentiel. Le fait spirituel, c'est la tendance
naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance.
Le fait religieux, c'est la réponse des religions à cette
aspiration fondamentale.
Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l'importance
de l'aspiration spirituelle. Même après le rétablissement
des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège,
elle s'est montrée plus méfiante que bienveillante à l'égard
des cultes. Chaque fois qu'elle a fait un pas vers les religions,
qu'il s'agisse de la reconnaissance des associations diocésaines,
de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le
sentiment qu'elle agissait parce qu'elle ne pouvait pas
faire autrement. Ce n'est qu'en 2002 qu'elle a accepté le
principe d'un dialogue institutionnel régulier avec l'Eglise
catholique. Qu'il me soit également permis de rappeler
les critiques virulentes dont j'ai été l'objet
au moment de la création du Conseil français du culte
musulman. Aujourd'hui encore, la République maintient
les congrégations sous une forme de tutelle, refuse de reconnaître
un caractère cultuel à l'action caritative ou aux
moyens de communication des Eglises, répugne à reconnaître
la valeur des diplômes délivrés dans les établissements
d'enseignement supérieur catholique alors que la Convention
de Bologne le prévoit, n'accorde aucune valeur aux diplômes
de théologie.
Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien
sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés
de toute forme d'intolérance et de prosélytisme.
Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et
l'intérêt de la République, c'est qu'il
y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent. La
désaffection progressive des paroisses rurales, le désert
spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie
de prêtres, n'ont pas rendu les Français plus heureux.
C'est une évidence.
Et puis je veux dire également que, s'il existe incontestablement
une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la
République a intérêt à ce qu'il existe
aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses.
D'abord parce que la morale laïque risque toujours de s'épuiser
ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une
espérance qui comble l'aspiration à l'infini.
Ensuite parce qu'une morale dépourvue de liens avec la
transcendance est davantage exposée aux contingences historiques
et finalement à la facilité. Comme l'écrivait
Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l‘Europe, « le principe
qui a cours maintenant est que la capacité de l'homme
soit la mesure de son action. Ce que l'on sait faire, on peut également
le faire ». A terme, le danger est que le critère de l'éthique
ne soit plus d'essayer de faire ce que l'on doit faire,
mais de faire ce que l'on peut faire. C'est une très
grande question.
Dans la République laïque, l'homme politique que
je suis n'a pas à décider en fonction de considérations
religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience
soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des
normes et à des convictions libres des contingences immédiates.
Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent
dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous
conjuguons la richesse de nos différentes traditions.
C'est pourquoi j'appelle de mes vœux l'avènement
d'une laïcité positive, c'est-à-dire
une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de
penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère
pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il
ne s'agit pas de modifier les grands équilibres de la
loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions
ne le demandent pas. Il s'agit en revanche de rechercher le dialogue
avec les grandes religions de France et d'avoir pour principe
de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt
que de chercher à la leur compliquer.
***
Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon
propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est
toujours un moment où l'on se recentre sur ce qui est
le plus cher dans sa vie, je voudrais me tourner vers ceux d'entre
vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès
de la Curie, dans le sacerdoce et l'épiscopat ou qui suivent
actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous
dire très simplement les sentiments que m'inspirent vos
choix de vie.
Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière
consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre
quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement,
la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre
formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux
sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent
de surmonter ces épreuves.
Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c'est la
vocation. On n'est pas prêtre à moitié, on
l'est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu'on
n'est pas non plus Président de la République à moitié.
Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force
irrépressible qui venait de l'intérieur, parce
que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j'allais
faire ce que j'ai fait, je l'ai fait. Je comprends les
sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation
parce que moi-même je sais ceux que j'ai faits pour réaliser
la mienne.
Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de
la République, c'est l'importance que j'attache à ce
que vous faites et à ce que vous êtes. Votre contribution à l'action
caritative, à la défense des droits de l'homme
et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la
formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique
et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur
de la société française, dans une diversité souvent
insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers
le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères
du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches,
les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires,
les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant'Egidio
qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans
le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent
leur prochain dans la détresse morale ou matérielle.
En donnant en France et dans le monde le témoignage d'une
vie donnée aux autres et comblée par l'expérience
de Dieu, vous créez de l'espérance et vous faites
grandir des sentiments nobles. C'est une chance pour notre pays,
et le Président que je suis le considère avec beaucoup
d'attention. Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage
de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur
ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même
s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il
lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et
le charisme d'un engagement porté par l'espérance.
Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine
et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour
des fruits de paix, j'en suis convaincu. L'Europe a trop
tourné le dos à la Méditerranée alors même
qu'une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains
de cette mer sont au croisement d'un grand nombre d'enjeux
du monde contemporain. J'ai voulu que la France prenne l'initiative
d'une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique
tout comme son passé et sa culture l'y conduisent naturellement.
Dans cette partie du monde où les religions et les traditions
culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des
civilisations peut rester à l'état de fantasme
ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons
conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse
de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix
et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il,
l'intérêt du Saint-Siège.
Mais ce que j'ai le plus à cœur de vous dire, c'est
que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel,
tout en étant chaque jour de plus en plus en quête de
sens et d'identité, la France a besoin de catholiques
convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont
et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a
montré que les Français avaient envie de politique pour
peu qu'on leur propose des idées, des projets, des ambitions.
Ma conviction est qu'ils sont aussi en attente de spiritualité,
de valeurs, d'espérance.
Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, disait : « La
vie attire, comme la joie ». C'est pourquoi la France a
besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.
Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la
générosité et l'intelligence. C'est
pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens,
et de chrétiens pleinement actifs.
La France a besoin de croire à nouveau qu'elle n'a
pas à subir l'avenir, parce qu'elle a à le
construire. C'est pourquoi elle a besoin du témoignage
de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse,
se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste
et plus généreux.
J'ai offert ce matin au Saint Père deux éditions
originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : « L'avenir
est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir,
on le fait […] L'optimisme est une fausse espérance à l'usage
des lâches […]. L'espérance est une vertu,
une détermination héroïque de l'âme.
La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir
surmonté ». Comme je comprends l'attachement du
pape à ce grand écrivain qu'est Bernanos !
Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions,
auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les
universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre
générosité, de votre courage, de votre espérance.
Donnez votre opinion
8 Messages de forum
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle
au Vatican
8 janvier 13:27, par casstille
C'est curieux chez les gens de gauche ce besoin de faire des
phrases.
Castille
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle
au Vatican
8 janvier 10:40, par admin
Avant toute choses BONNE ET HEUREUSE ANNE 2008 !
Ceci dit Voici LES QUESTIONS que je souhaite poser aux EVEQUES du
pays de FRANCE :
Mes MGRS ,
A QUAND SEREZ VOUS AUDIBLES ?
A QUAND CONDUIREZ VOUS PLUTÔT QUE DE SUIVRE ?
A QUAND LA RESURECTION DE L'EGLISE DE FRANCE ?
QUAND DES EVEQUES MILITANTS ?
A QUAND DES EVEQUES MOINS " FONCTIONNAIRES" ET PLUS MILITANTS
?
Je concluerai en criant " DEBOUT DON CAMILLO "
Un chrétien pécheur en colére contre la grande
inértie (volontaire ou non) et "l'esprit " d'un
certain évéché national trop de ce Monde sacrifiant
aux modes passagéres du temps , au lieu d'hurler le poing
sur la tablen contre cette MISERE SPIRTUELLE qui fait que beaucoup
vont chercher dans d'autres "auberges " ce qui ne trouvent
plus dans L'EGLISE CATHOLIQUE, c'est-à-dire JUSTICE
et FERMETE et DEFENCE de la VERITE à TEMPS et à contre
TEMPS de la FOI en NSJC !
SANTU
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle
au Vatican
4 janvier 23:39
Je tiens à vous faire de mon étonnement de voir qualifier
(éditorial de Gérard Leclerc dans votre numéro
3099), le discours du Latran, de "langage nullement affecté" et "d'un
lyrisme convaincu". Ne serait-on pas en droit d'y voir plutôt
l'hommage opportuniste et de pure circonstance aux valeurs chrétiennes
d'un homme qui, ostensiblement, ne leur conforme ni sa vie privée,
ni, en grande partie du moins, son action politique ? En ce dimanche
de la Sainte-Famille (30 décembre 2007), avec sa fuite en Egypte,
je songe en particulier à cette traque aux émigrés
africains (même ceux de confession chrétienne) que la
détresse a pu amener chez nous dans des conditions pas toujours
conformes évidemment à la stricte légalité (un
article tout récent de la presse régionale (Le Télégramme
du 27 décembre 2007, intitulé "Une ressortissante
sénégalaise enceinte en centre de rétention" en
témoigne). En ce domaine, l'action de l'actuelle
présidence et de ses exécutants n'est pas sans
me rappeler fâcheusement la chasse aux Juifs sous l'Occupation.
Sur cette question, comme sur les autres, j'étais du reste
sans illusion, et au second tour de l'élection présidentielle,
j'ai fait le choix d'une enveloppe vide.
Paul B
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle
au Vatican
3 janvier 19:37
Ne voyez-vous pas que le discours qu'on a éécrit pour N.
Sarkozy, aussi intéressant et cultivé soit-il, n'est qu'un
trompe-l'oeil pour nous faire oublier sa politique xénophobe,
voire raciste, (par exemple son discours à Dakar), sson acharnement à démanteler
toutes les protections sociales, à dissuader en les fichant ! ceux qui
prendraient le risque d'héberger des immigrés clandestins,
bref son entreprise de division, qet de diversion( jusqu'à focaliser
les disputes autour du tabagisme). Le tout au nom d'une société sécuritaire,
une société du moindre risque ( quand il dit tout le contraire
pour justifier, il est vrai l'ultra-libéralisme et la me et la
valeur du mérite). Sans doute, y avait-il de la provocation et la gauche
a retrouvé ses vieilles crispations a autour de la laïcité.
Sans doute, n'avait-(il pas tort de rappeler que notre société,
en mal de repères, ne peut trouver de sens que dans des valeurs transcendantes… Allons,
c'est le diable qui s'avance avec le masque de la vertu, comme
d'habitude. Pauvre Bernanos, qui se trouve recruté, l'auteur
des Grands cimetières et et du curé de campagne, un frère
de Dostoievski_.
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle au Vatican
22 décembre 2007 22:27, par admin
Entretien de Nicolas Sarkozy aux médias du Vatican
http://zenit.org/article-16918 ?l=french
http://www.oecumene.radiovaticana.org/fr1/Articolo.asp ?c=175307
L'Osservatore Romano, Radio Vatican et le Centre de télévision
du Vatican
ROME, Vendredi 21 décembre 2007 (ZENIT.org) - Nous publions
ci-dessous le texte de l'entretien accordé hier jeudi
par le président français Nicolas Sarkozy aux médias
du Vatican : Jean-Michel Coulet (JMC) pour l'Osservatore Romano
et Romilda Ferrauto (RF) pour Radio Vatican. Il s'agit du premier
entretien accordé en exclusif par un chef d'Etat aux médias
du Vatican.
RF : Monsieur le Président, bonjour.
NS Bonjour
RF Et merci d'accorder cet entretien aux médias du Vatican,
réunis pour la première fois : le CTV, l'Osservatore
Romano et R.V.
NS C'est un honneur que vous me faites en m'invitant.
RF Merci M. le président. Vous avez été reçu
par Benoît XVI ce matin. Il y a une semaine le porte-parole de
l'Elysée, en annonçant cette visite, avait affirmé qu'elle était
extrêmement importante. Alors nous aimerions avoir votre sentiment
sur cette visite et si possible, sans indiscrétion, quelques
détails sur la teneur de votre entretien.
NS : Elle est importante parce que le Pape est un chef d'État,
le Pape est un chef religieux et je me sens catholique de tradition
et de cœur. C'est une autorité mondiale, spirituelle,
et pour moi c'était une rencontre différente des
rencontres avec d'autres chefs d'État. Il y a une
dimension spirituelle, il incarne un message de paix, d'espoir
et de réconciliation qui est utile dans le monde d'aujourd'hui
qui est tout entier tourné vers la division, les affrontements,
les incompréhensions. Et puis l'entretien que j'ai
eu avec le Pape était extrêmement chaleureux. C'est
un homme de grande culture, un homme intelligent, c'est un homme
qui aime écouter, qui a une grande expérience, à qui
on peut parler franchement et nous avons eu cette conversation.
RF : Est-ce que vous pourriez nous donner quelques précisions
sur l'échange que vous avez eu avec lui ?
NS Nous avons parlé en détail de la situation au Liban,
je lui ai dit combien j'étais attaché à la
notion de diversité dans les pays de l'Orient et du Moyen-Orient.
Je lui ai dit l'importance pour moi des valeurs chrétiennes
dans l'histoire de France. Je lui ai dit combien j'attachais
d'importance à la défense, à l'incarnation
d'une identité européenne dans un monde qui ne
devait pas s'aplatir devant une seule culture, et c'était
un échange extrêmement libre. Mais je lui ai également
dit combien je serais heureux que nous le recevions en France - indépendamment
de la visite à Lourdes, bien sûr - et combien je serais
heureux qu'il vienne à Paris.
JMC Il y a de nombreuses convergences dans la diplomatie et la
politique étrangère
de la France et du Saint-Siège. Le Liban, vous l'avez
dit, est une priorité. Avez-vous une proposition concrète
pour sortir le Liban de l'impasse actuelle, est-ce que ça
a été un sujet de conversation, est-ce que vous avez
approfondi ?
NS J'ai dit au Saint Père la nature des échanges
que j'avais eus avec les interlocuteurs de la scène libanaise
et même avec le Président syrien. Je lui ai dit également
ma préoccupation, le souci qui était celui de la France
que le Liban sorte de cette période d'incertitude pour
se rassembler derrière un Président de consensus. Et
je lui ai dit que la France jusqu'à la dernière
minute, jusqu'à la dernière seconde, ferait tous
ses efforts pour préserver ce miracle de la diversité qu'est
le Liban.
JMC Y a-t-il, selon vous, une possibilité d'action conjointe
entre la diplomatie du Saint-Siège et l'Église
maronite ?
NS D'une certaine façon, il y en a eu, puisque le patriarche
a joué un rôle extrêmement important en prenant
ses responsabilités pour tenter de réconcilier la communauté chrétienne
libanaise. Et par ailleurs la voix du pape est entendue dans le monde
entier, et spécialement au Liban, où il compte de nombreux
fidèles.
RF Le Liban mais aussi le conflit israélo-palestinien. On
sait que la France est très engagée dans ce domaine,
on l'a vu encore lundi dernier à la conférence
de Paris. Là aussi y a-t-il convergence et de quels moyens
la France dispose-t-elle pour agir dans ce dossier ?
NS À la Conférence de Paris, nous avions invité le
nonce apostolique, Mgr Baldelli, qui témoignait de la présence
de l'Église dans une enceinte où il y avait tant
de représentants de diplomaties d'autres pays. Le Vatican
comme la France nous voulons la paix, nous pensons que c'est
le moment de faire la paix autour de deux États, un État
palestinien moderne, démocratique, viable et un État
israélien garanti dans sa sécurité. Et j'ai
dit au Pape combien je pensais que c'était maintenant
qu'il fallait faire tous les efforts pour aboutir au résultat
de la paix et il m'a semblé qu'il partageait mon
analyse.
RF Vous n'avez pas eu l'occasion de discuter avec lui
des moyens par lesquels passe la paix aujourd'hui dans cette
région ?
NS Le pape m'a dit combien il avait été satisfait
des résultats de la Conférence de Paris : 7 milliards
300 millions pour aider à la reconstruction d'un État
palestinien moderne. Parce que la misère fait le lit et le terreau
du terrorisme. Par contre ces moyens qui ont été dégagés à la
Conférence de Paris, ça compte. Nous avons également
parlé des suites de cette Conférence de Paris. Le pape
s'inquiétait de savoir s'il y aurait d'autres
conférences. Je lui ai confirmé qu'il y en aurait
d'autres.
JMC Si vous voulez, on va passer à la politique intérieure,
la France et la laïcité notamment. En 2004 vous pensiez à une
modification de la loi de 1905. À la veille de l'élection
présidentielle, il semblerait que vous ayiez renoncé… c'était
dans un entretien à La Croix…. que vous renonciez à cette
modification. Qu'en est-il aujourd'hui, parce que tôt
ou tard, il faudra affronter cette question. Qu'en est-il ?
NS Vous savez, je suis passionné par la question spirituelle
depuis bien longtemps, je ne suis pas le seul : la vie a-t-elle un
sens ? Qu'est-ce qui se passe après la mort ? Ce sont
quand même des questions essentielles, la question spirituelle
se pose depuis que l'homme a conscience de sa destiné singulière.
La place des religions, la laïcité positive, c'est-à-dire
une laïcité qui reconnaît à chacun le droit
de vivre sa foi et de la transmettre à ses enfants. Les besoins
immenses qui sont ceux des religions révélées
pour s'adapter à la nouvelle réalité française.
La France profonde, c'était la France des campagnes il
y a 50 ans. Aujourd'hui, la France profonde c'est la France
des banlieues. Or les lieux de culte sont dans les campagnes où il
y a moins de monde et les banlieues sont devenues des déserts
cultuels. Ce n'est pas positif et donc j'avais imaginé des
adaptations nécessaires pour la Loi de 1905. Mais j'ai
dit : on peut ne faire ces adaptations que dans le cadre d'un
consensus et c'est autour de ce consensus que l'on pourra
construire d'éventuelles évolutions. Partant du
principe également que je ne souhaite pas un islam en France
mais un islam de France. C'est donc la question d'un islam
européanisé, compatible avec les valeurs de la civilisation
européenne et donc c'est pour ça que j'ai
créé le C.F.C.M. : voilà les débats que
je souhaite voir prospérer en France. Et nous verrons ensuite
s'il y a lieu de faire telle ou telle modification.
JMC Le pape, vous ne l'ignorez pas, appelle les laïcs à une
visibilité, il demande d'avoir le courage de la différence
aux catholiques d'aujourd'hui. Quelles sont vos convictions
profondes sur ce point ?
NS Le message du Christ, c'est un message très audacieux
puisqu'il annonce un Dieu fait de pardon et une vie après
la mort. Je ne pense pas que ce message d'audace extrême
et d'espérance totale puisse être porté de
façon mitigée. Il nécessite une grande affirmation,
une grande confiance et je suis de ceux qui pensent que dans les débats
d'aujourd'hui, les grandes voix spirituelles doivent s'exprimer
plus fortement.
RF M. le Président vous avez souvent qualifié de déterminante
la place du christianisme dans la réalité française
et, au début de cet entretien, vous l'avez rappelé.
Vous savez que l'Église de France a émis quelques
réserves sur certains points de la politique française
comme la maîtrise de l'immigration ou encore sur certains
points concernant la famille et la bioéthique. Il y a quelques
craintes concernant l'euthanasie. Alors quelle place pensez-vous
pouvoir accorder dans une République laïque à ces
voix de l'Église.
NS La laïcité, c'est le droit à chacun de
vivre sa religion, ses croyances, et d'espérer. Donc,
justement dans la république laïque, des voix religieuses
doivent s'exprimer. Justement parce qu'elle ne sont pas
l'État, qu'elles sont séparées de
l'État. C'est justement pour ça qu'elles
doivent s'exprimer. Parce que si elles étaient l'État,
elles n'auraient pas besoin d'être garanties dans
leur droit d'expression. C'est justement parce que l'État
est laïc, qu'il est indépendant des religions, que
le temporel et le spirituel sont séparés, qu'il
est important que, dans le débat, des voix indépendantes,
spirituelles s'expriment. Moi, je suis pour qu'elles s'expriment
mais je ne suis pas pour qu'elles s'expriment pour dire
qu'elles sont d'accord avec ce que je pense. Que l'Église
ait un message particulier sur les plus pauvres, sur ceux qui n'ont
rien, sur les immigrés… mais si l'Église
ne l'avait pas qui l'aurait ? Je reconnais le droit à la
différence, moi, mais je pense que c'est positif qu'on
s'exprime. Et je souhaite que les grandes religions, y compris
la religion de l'Islam de France, puissent avoir des voix qui
s'expriment tranquillement, avec un message d'amour, un
message de paix. Et ça compte pour moi qu'ils puissent
s'exprimer. Ça manque les intellectuels chrétiens, ça
manque les grandes voix qui portent dans les débats pour faire
avancer une société et lui donner du sens et montrer
que la vie n'est pas un bien de consommation comme les autres.
RF Et vous pensez que les décideurs politiques devraient être à l'écoute
de ces voix différentes ?
NS En tous cas je pense qu'on ne doit pas avoir peur d'aller
au contact. Quand le cardinal Vingt-Trois a été créé cardinal,
j'ai été moi-même, en tant que président
de la République, lui présenter mes félicitations
et lui dire combien c'était positif. Il ne faut pas avoir
peur des religions : personne n'imagine que les religions vont
mettre l'État français sous le boisseau, sous tutelle.
Il faut simplement voir les grands courants religieux comme des témoignages
d'espérance. Qu'est-ce qu'un homme qui croit
si ce n'est un homme qui espère ? Et je ne vois pas au
nom de quoi l'espérance serait contraire à l'idéal
républicain. D'ailleurs j'ai vu avec plaisir que
le Pape dans son encyclique prenait le thème de l'espérance
comme thème premier. Je m'étais laissé aller à écrire
un livre, en 2004, qui s'appelait « La République,
les religions et l'espérance ».
JMC Nous voulons y venir. Si vous voulez, je vais vous amener en
Europe, on va sortir de France. Vous rencontrerez ce soir M. Prodi
et M. Zapatero pour discuter de votre projet d'union méditerranéenne.
Est-ce que vous voulez nous dire quelles seraient les limites de cette
union et est-ce que cette union ne risque pas d'affaiblir l'Union
Européenne ?
NS Non. Il y a 60 ans, cette Europe recluse de souffrances, d'affrontements,
de guerres fratricides, a décidé de s'unir. La
question est posée : est-ce que la rive Sud et la rive Nord
de la Méditerranée ne doivent pas s'unir ? Est-ce
qu'il n'est pas temps d'arrêter les souffrances
et les oppositions ? Est-ce qu'il n'est pas temps de construire
autour de cette mer Méditerranée qui est notre mer -
et je le dis en Italie - une zone de paix, de faire de la Méditerranée
la mer la plus propre au monde ? De créer des sources d'énergie
commune entre le Nord et le Sud, notamment avec le nucléaire
? De créer une zone de développement, d'assurer
la paix et la sécurité ? De réunir ces peuples
qui de toute manière ne changeront pas d'adresse ? Et
c'est la grande idée, la grande vision que j'ai
de cette Union de la Méditerranée : rassembler pour faire
la paix. L'Europe s'est rassemblée sur l'acier
et sur le charbon dont on avait besoin pour reconstruire après
la guerre. Et bien la Méditerranée doit se rassembler
autour de projets concrets : la paix, le développement, l'écologie,
la sécurité, la maîtrise de l'immigration,
le dialogue des cultures.
RF Et bien entendu cette union concernerait tous les pays du pourtour
méditerranéen ?
NS Bien sûr, on est méditerranéen ou on ne l'est
pas… et je ne vois pas comment on peut porter un message
de rassemblement et de paix en excluant tel ou tel.
RF Vous n'ignorez pas, M. le Président, que certains
analystes estiment que ce projet a aussi pour but d'écarter
définitivement la candidature de la Turquie à l'Union
européenne ou de lui donner une autre forme. Est-ce que vous
avez l'occasion de parler de votre point de vue concernant la
Turquie et l'Union européenne au Vatican et est-ce que
vous pensez que votre point de vue rejoint celui du Saint-Siège
?
NS Je ne suis pas le porte-parole du Saint-Siège mais j'en
ai parlé bien sûr avec le Saint-Siège. La Turquie
n'est pas en Europe, c'est une réalité géographique.
La Turquie est en Asie mineure. Donc il faut des liens très étroits
entre la Turquie et l'Europe. La Turquie c'est une grande
civilisation, c'est un grand État, c'est un grand
peuple mais qui n'est pas en Europe. Nous avons encore en Europe
les Balkans : c'est l'Europe ; et par ailleurs la Turquie
est méditerranéenne. Je veux un accord de partenariat
entre la Turquie et l'Europe, le plus intense possible, qui n'est
pas une adhésion. Et bien sûr la Turquie, dans le cadre
de l'union de la Méditerranée, a toute sa place
: c'est une grande puissance méditerranéenne, du
moins à ma connaissance. Mais cela ne veut pas dire que parce
qu'elle est dans l'union de la Méditerranée,
elle ne doit pas être en Europe : elle ne doit pas être
en Europe, de mon point de vue, parce qu'elle n'est pas
européenne.
JMC Vous parliez tout à l'heure de l'espérance.
Vous avez écrit en 2004 ce livre : « La République,
les religions, l'espérance ». Le Saint-Père
vient de publier sa deuxième Encyclique justement sur le thème
de l'espérance. C'est une belle coïncidence,
mais qu'en dites-vous ? Ce terme d'espérance….
NS … Ah ! je ne prétends pas qu'il se soit inspiré de
moi… J'en dis qu'il est plus facile d'espérer
que d'être condamné au désespoir. Et que
dans le doute, il vaut mieux trouver des raisons d'espérer.
JMC J'aurais une dernière question, peut-être
plus personnelle, mais dans le cadre diplomatique. La presse quotidienne
italienne ou internationale se fait l'écho quotidiennement
de votre diplomatie. Il semble que vous innoviez, en dehors de la diplomatie
bilatérale et multilatérale, et que vous utilisiez une
diplomatie qu'ils appellent « de l'émotion ».
Au Vatican, du temps de Jean-Paul II, on appelait cela « la diplomatie
du cœur ». Je pense aux infirmières bulgares, mais
je pense à Ingrid Betancourt : en lisant aujourd'hui le
communiqué de presse, je sais que vous avez parlé des
otages avec le Saint Père. Est-ce que vous pensez que cette
défense des droits de l'homme n'a pas de prix et
que tout est possible ?
NS La diplomatie du cœur, c'est une belle expression,
mais ce n'est pas parce que c'est de la diplomatie qu'il
faut n'y mettre ni sentiment ni cœur. C'est peut-être
pour cela que la diplomatie a si souvent échoué. Et si
tout d'un coup on y mettait du cœur et du sentiment… Moi
je suis comme je suis et j'essaie d'être authentique,
sincère, honnête, vrai. Et partant, je ne vois pas comment
on fait de la diplomatie en faisant abstraction de toute forme de sentiment.
J'ai remercié le Saint-Père pour ses prières
et son message pour que Ingrid Betancourt sorte de l'enfer où elle
se trouve. Et en ce qui me concerne, je mettrai tous mes efforts, jusqu'à la
dernière seconde, pour qu'elle en sorte. Comme j'ai
mis tous mes efforts pour que les infirmières en sortent. Alors
appeler cela de l'émotion… je plains beaucoup ceux
qui n'en ont pas. Parce que sans émotion, on ne fait rien
du pouvoir que le peuple vous a confié. Moi, je veux faire quelque
chose du pouvoir qu'on m'a confié : ce quelque chose,
c'est d'être utile.
RF Nous avons une dernière question. L'avenir de l'Europe
est un thème qui tient à cœur au Pape Benoît
XVI et vous me disiez que vous en avez parlé. Est-ce que vous
pourriez nous en dire plus sur cet échange ?
NS L'Europe a franchi une grande étape avec le Traité simplifié et
l'Europe s'est doté d'un groupe des sages.
L'Europe doit maintenant mettre du concret. La France assurera
la présidence de l'Europe après nos amis Slovènes,
au 1er juillet 2008. Et la France essaiera de porter l'idée
d'une Europe de l'immigration, d'une Europe de la
défense et d'une Europe de l'environnement, c'est-à-dire
d'une Europe qui ait de grandes ambitions en matière de
développement durable. Pour montrer le chemin au monde, il faut
que le monde arrête de danser sur un volcan.
JMC Merci Monsieur le Président
Retranscription réalisée par Radio VatiMessieurs
les cardinaux, Mesdames et Messieurs, Chers amis,
Permettez-moi d'adresser mes premières paroles au cardinal
Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie
qu'il vient de présider. J'ai été sensible
aux prières qu'il a bien voulu offrir pour la France et
le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour
l'accueil qu'il m'a réservé dans cette
cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.
Je vous serais également reconnaissant, Eminence, de bien vouloir
transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères
remerciements pour l'ouverture de son palais pontifical qui nous
permet de nous retrouver ce soir. L'audience que le Saint Père
m'a accordée ce matin a été pour moi un
moment d'émotion et de très grand intérêt.
Je renouvelle au Saint Père l'attachement que je porte à son
projet de déplacement en France au deuxième semestre
de l'année 2008. En tant que Président de tous
les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective
suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses.
Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît
XVI sera le bienvenu en France.
***
En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant
le titre de chanoine d'honneur de cette basilique, qui fut conféré pour
la première fois à Henri IV et qui s'est transmis
depuis lors à presque tous les chefs d'Etat français,
j'assume pleinement le passé de la France et ce lien si
particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Eglise.
C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue
Fille aînée de l‘Eglise. Les faits sont là.
En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement
a eu des conséquences importantes sur le destin de la France
et sur la christianisation de l'Europe. A de multiples reprises
ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français
ont eu l'occasion de manifester la profondeur de l'attachement
qui les liait à l'Eglise et aux successeurs de Pierre.
Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers
Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de
notre plus ancienne représentation diplomatique.
Au-delà de ces faits historiques, c'est surtout parce
que la foi chrétienne a pénétré en profondeur
la société française, sa culture, ses paysages,
sa façon de vivre, son architecture, sa littérature,
que la France entretient avec le siège apostolique une relation
si particulière. Les racines de la France sont essentiellement
chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du
christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle
et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée
universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent
de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse
de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam,
Charles de Foucauld… Contribution littéraire et artistique
: de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos,
Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution
intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal,
Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier,
Henri de Lubac, René Girard… Qu'il me soit permis
de mentionner également l'apport déterminant de
la France à l'archéologie biblique et ecclésiale,
ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu'à l'exégèse
biblique, avec en particulier l'Ecole biblique et archéologique
française de Jérusalem.
Je veux aussi évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal
Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été.
Son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement
dépassé les frontières de la France. J'ai
tenu à participer à ses obsèques car aucun Français
n'est resté indifférent au témoignage de
sa vie, à la force de ses écrits, au mystère de
sa conversion. Pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une
grande peine. Debout à côté de son cercueil, j'ai
vu défilé ses frères dans l'épiscopat
et les nombreux prêtres de son diocèse, et j'ai été touché par
l'émotion qui se lisait sur le visage de chacun.
***
Cette profondeur de l'inscription du christianisme dans notre
histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par
la présence jamais interrompue de Français au sein de
la Curie, aux responsabilités les plus éminentes.
Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard,
le
cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l'action honore la
France.
Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans
ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle
de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille.
Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président
de la République française le chanoine d'honneur
de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n'est pas rien.
C'est la cathédrale du Pape, c'est la « tête
et la mère de toutes les églises de Rome et du monde »,
c'est une église chère au cœur des Romains.
Que la France soit liée à l'Eglise catholique par
ce titre symbolique, c'est la trace de cette histoire commune
où le christianisme a beaucoup compté pour la France
et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c'est
donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle,
comme Valéry Giscard d'Estaing, et plus récemment
Jacques Chirac, que je suis venu m'inscrire avec bonheur dans
cette tradition.
***
Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également
un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que
sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques,
chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme
après 1905. Je sais que l'interprétation de la
loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance,
de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective
du passé. C'est surtout par leur sacrifice dans les tranchées
de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens,
que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l'anticléricalisme
; et c'est leur intelligence commune qui a permis à la
France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles
et de rétablir leurs relations.
Pour autant, il n'est plus contesté par personne que
le régime français de la laïcité est aujourd'hui
une liberté : liberté de croire ou de ne pas croire,
liberté de pratiquer une religion et liberté d'en
changer, liberté de ne pas être heurté dans sa
conscience par des pratiques ostentatoires, liberté pour les
parents de faire donner à leurs enfants une éducation
conforme à leurs convictions, liberté de ne pas être
discriminé par l'administration en fonction de sa croyance.
La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions
plus diverses qu'autrefois. Dès lors la laïcité s'affirme
comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une
condition de la paix civile. Et c'est pourquoi le peuple français
a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire
que pour souhaiter l'interdiction des signes ostentatoires à l'école.
Cela étant, la laïcité ne saurait être la
négation du passé. Elle n'a pas le pouvoir de couper
la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de
le faire. Elle n'aurait pas dû. Comme Benoît XVI,
je considère qu'une nation qui ignore l'héritage éthique,
spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture,
contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art
et de traditions populaires, qui imprègne si profondément
notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c'est
perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale,
et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant
besoin de symboles de mémoire.
C'est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de
la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France,
et même les valoriser, tout en défendant la laïcité enfin
parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche
que j'ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.
***
Le temps est désormais venu que, dans un même esprit,
les religions, en particulier la religion catholique qui est notre
religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent
ensemble les enjeux de l'avenir et non plus seulement les blessures
du passé.
Je partage l'avis du pape quand il considère, dans sa
dernière encyclique, que l'espérance est l'une
des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle
des Lumières, l'Europe a expérimenté beaucoup
d'idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans
l'émancipation des individus, dans la démocratie,
dans le progrès technique, dans l'amélioration
des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque.
Elle s'est fourvoyée gravement dans le communisme et dans
le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que
je ne mets évidemment pas sur le même plan - n'a été en
mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver
un sens à l'existence.
Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche
scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier
si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela
peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes
espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en
chemin » pour reprendre les termes même de l'encyclique
du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant
aux questions fondamentales de l'être humain sur le sens
de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas
expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après
la mort.
Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques.
Et ces questions essentielles n'ont rien perdu de leur pertinence.
Bien au contraire. Les facilités matérielles de plus
en plus grandes qui sont celles des pays développés,
la frénésie de consommation, l'accumulation de
biens, soulignent chaque jour davantage l'aspiration profonde
des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse,
car moins que jamais elles ne la comblent.
« Quand les espérances se réalisent, poursuit
Benoît XVI, il apparaît clairement qu'en réalité,
ce n'est pas la totalité. Il paraît évident
que l'homme a besoin d'une espérance qui va au-delà.
Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose
d'infini, quelque chose qui sera toujours ce qu'il ne peut
jamais atteindre. […] Si nous ne pouvons espérer plus
que ce qui est accessible, ni plus que ce qu'on peut espérer
des autorités politiques et économiques, notre vie se
réduit à être privée d'espérance ».
Ou encore, comme l'écrivit Héraclite, « Si
l'on n'espère pas l'inespérable, on
ne le reconnaîtra pas ».
Ma conviction profonde, dont j'ai fait part notamment dans ce
livre d'entretiens que j'ai publié sur la République,
les religions et l'espérance, c'est que la frontière
entre la foi et la non-croyance n'est pas et ne sera jamais entre
ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu'elle traverse
en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme
ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu'il ne s'interroge
pas sur l'essentiel. Le fait spirituel, c'est la tendance
naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance.
Le fait religieux, c'est la réponse des religions à cette
aspiration fondamentale.
Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l'importance
de l'aspiration spirituelle. Même après le rétablissement
des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège,
elle s'est montrée plus méfiante que bienveillante à l'égard
des cultes. Chaque fois qu'elle a fait un pas vers les religions,
qu'il s'agisse de la reconnaissance des associations diocésaines,
de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le
sentiment qu'elle agissait parce qu'elle ne pouvait pas
faire autrement. Ce n'est qu'en 2002 qu'elle a accepté le
principe d'un dialogue institutionnel régulier avec l'Eglise
catholique. Qu'il me soit également permis de rappeler
les critiques virulentes dont j'ai été l'objet
au moment de la création du Conseil français du culte
musulman. Aujourd'hui encore, la République maintient
les congrégations sous une forme de tutelle, refuse de reconnaître
un caractère cultuel à l'action caritative ou aux
moyens de communication des Eglises, répugne à reconnaître
la valeur des diplômes délivrés dans les établissements
d'enseignement supérieur catholique alors que la Convention
de Bologne le prévoit, n'accorde aucune valeur aux diplômes
de théologie.
Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien
sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés
de toute forme d'intolérance et de prosélytisme.
Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et
l'intérêt de la République, c'est qu'il
y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent. La
désaffection progressive des paroisses rurales, le désert
spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie
de prêtres, n'ont pas rendu les Français plus heureux.
C'est une évidence.
Et puis je veux dire également que, s'il existe incontestablement
une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la
République a intérêt à ce qu'il existe
aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses.
D'abord parce que la morale laïque risque toujours de s'épuiser
ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une
espérance qui comble l'aspiration à l'infini.
Ensuite parce qu'une morale dépourvue de liens avec la
transcendance est davantage exposée aux contingences historiques
et finalement à la facilité. Comme l'écrivait
Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l‘Europe, « le principe
qui a cours maintenant est que la capacité de l'homme
soit la mesure de son action. Ce que l'on sait faire, on peut également
le faire ». A terme, le danger est que le critère de l'éthique
ne soit plus d'essayer de faire ce que l'on doit faire,
mais de faire ce que l'on peut faire. C'est une très
grande question.
Dans la République laïque, l'homme politique que
je suis n'a pas à décider en fonction de considérations
religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience
soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des
normes et à des convictions libres des contingences immédiates.
Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent
dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous
conjuguons la richesse de nos différentes traditions.
C'est pourquoi j'appelle de mes vœux l'avènement
d'une laïcité positive, c'est-à-dire
une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de
penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère
pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il
ne s'agit pas de modifier les grands équilibres de la
loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions
ne le demandent pas. Il s'agit en revanche de rechercher le dialogue
avec les grandes religions de France et d'avoir pour principe
de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt
que de chercher à la leur compliquer.
***
Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon
propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est
toujours un moment où l'on se recentre sur ce qui est
le plus cher dans sa vie, je voudrais me tourner vers ceux d'entre
vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès
de la Curie, dans le sacerdoce et l'épiscopat ou qui suivent
actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous
dire très simplement les sentiments que m'inspirent vos
choix de vie.
Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière
consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre
quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement,
la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre
formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux
sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent
de surmonter ces épreuves.
Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c'est la
vocation. On n'est pas prêtre à moitié, on
l'est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu'on
n'est pas non plus Président de la République à moitié.
Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force
irrépressible qui venait de l'intérieur, parce
que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j'allais
faire ce que j'ai fait, je l'ai fait. Je comprends les
sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation
parce que moi-même je sais ceux que j'ai faits pour réaliser
la mienne.
Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de
la République, c'est l'importance que j'attache à ce
que vous faites et à ce que vous êtes. Votre contribution à l'action
caritative, à la défense des droits de l'homme
et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la
formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique
et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur
de la société française, dans une diversité souvent
insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers
le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères
du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches,
les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires,
les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant'Egidio
qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans
le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent
leur prochain dans la détresse morale ou matérielle.
En donnant en France et dans le monde le témoignage d'une
vie donnée aux autres et comblée par l'expérience
de Dieu, vous créez de l'espérance et vous faites
grandir des sentiments nobles. C'est une chance pour notre pays,
et le Président que je suis le considère avec beaucoup
d'attention. Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage
de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur
ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même
s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il
lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et
le charisme d'un engagement porté par l'espérance.
Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine
et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour
des fruits de paix, j'en suis convaincu. L'Europe a trop
tourné le dos à la Méditerranée alors même
qu'une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains
de cette mer sont au croisement d'un grand nombre d'enjeux
du monde contemporain. J'ai voulu que la France prenne l'initiative
d'une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique
tout comme son passé et sa culture l'y conduisent naturellement.
Dans cette partie du monde où les religions et les traditions
culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des
civilisations peut rester à l'état de fantasme
ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons
conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse
de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix
et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il,
l'intérêt du Saint-Siège.
Mais ce que j'ai le plus à cœur de vous dire, c'est
que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel,
tout en étant chaque jour de plus en plus en quête de
sens et d'identité, la France a besoin de catholiques
convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont
et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a
montré que les Français avaient envie de politique pour
peu qu'on leur propose des idées, des projets, des ambitions.
Ma conviction est qu'ils sont aussi en attente de spiritualité,
de valeurs, d'espérance.
Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, disait : « La
vie attire, comme la joie ». C'est pourquoi la France a
besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.
Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la
générosité et l'intelligence. C'est
pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens,
et de chrétiens pleinement actifs.
La France a besoin de croire à nouveau qu'elle n'a
pas à subir l'avenir, parce qu'elle a à le
construire. C'est pourquoi elle a besoin du témoignage
de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse,
se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste
et plus généreux.
J'ai offert ce matin au Saint Père deux éditions
originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : « L'avenir
est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir,
on le fait […] L'optimisme est une fausse espérance à l'usage
des lâches […]. L'espérance est une vertu,
une détermination héroïque de l'âme.
La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir
surmonté ». Comme je comprends l'attachement du
pape à ce grand écrivain qu'est Bernanos !
Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions,
auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les
universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre
générosité, de votre courage, de votre espérance.
Donnez votre opinion
8 Messages de forum
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle
au Vatican
8 janvier 13:27, par casstille
C'est curieux chez les gens de gauche ce besoin de faire des
phrases.
Castille
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle
au Vatican
8 janvier 10:40, par admin
Avant toute choses BONNE ET HEUREUSE ANNE 2008 !
Ceci dit Voici LES QUESTIONS que je souhaite poser aux EVEQUES du
pays de FRANCE :
Mes MGRS ,
A QUAND SEREZ VOUS AUDIBLES ?
A QUAND CONDUIREZ VOUS PLUTÔT QUE DE SUIVRE ?
A QUAND LA RESURECTION DE L'EGLISE DE FRANCE ?
QUAND DES EVEQUES MILITANTS ?
A QUAND DES EVEQUES MOINS " FONCTIONNAIRES" ET PLUS MILITANTS
?
Je concluerai en criant " DEBOUT DON CAMILLO "
Un chrétien pécheur en colére contre la grande
inértie (volontaire ou non) et "l'esprit " d'un
certain évéché national trop de ce Monde sacrifiant
aux modes passagéres du temps , au lieu d'hurler le poing
sur la tablen contre cette MISERE SPIRTUELLE qui fait que beaucoup
vont chercher dans d'autres "auberges " ce qui ne trouvent
plus dans L'EGLISE CATHOLIQUE, c'est-à-dire JUSTICE
et FERMETE et DEFENCE de la VERITE à TEMPS et à contre
TEMPS de la FOI en NSJC !
SANTU
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle
au Vatican
4 janvier 23:39
Je tiens à vous faire de mon étonnement de voir qualifier
(éditorial de Gérard Leclerc dans votre numéro
3099), le discours du Latran, de "langage nullement affecté" et "d'un
lyrisme convaincu". Ne serait-on pas en droit d'y voir plutôt
l'hommage opportuniste et de pure circonstance aux valeurs chrétiennes
d'un homme qui, ostensiblement, ne leur conforme ni sa vie privée,
ni, en grande partie du moins, son action politique ? En ce dimanche
de la Sainte-Famille (30 décembre 2007), avec sa fuite en Egypte,
je songe en particulier à cette traque aux émigrés
africains (même ceux de confession chrétienne) que la
détresse a pu amener chez nous dans des conditions pas toujours
conformes évidemment à la stricte légalité (un
article tout récent de la presse régionale (Le Télégramme
du 27 décembre 2007, intitulé "Une ressortissante
sénégalaise enceinte en centre de rétention" en
témoigne). En ce domaine, l'action de l'actuelle
présidence et de ses exécutants n'est pas sans
me rappeler fâcheusement la chasse aux Juifs sous l'Occupation.
Sur cette question, comme sur les autres, j'étais du reste
sans illusion, et au second tour de l'élection présidentielle,
j'ai fait le choix d'une enveloppe vide.
Paul B
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle
au Vatican
3 janvier 19:37
Ne voyez-vous pas que le discours qu'on a éécrit pour N.
Sarkozy, aussi intéressant et cultivé soit-il, n'est qu'un
trompe-l'oeil pour nous faire oublier sa politique xénophobe,
voire raciste, (par exemple son discours à Dakar), sson acharnement à démanteler
toutes les protections sociales, à dissuader en les fichant ! ceux qui
prendraient le risque d'héberger des immigrés clandestins,
bref son entreprise de division, qet de diversion( jusqu'à focaliser
les disputes autour du tabagisme). Le tout au nom d'une société sécuritaire,
une société du moindre risque ( quand il dit tout le contraire
pour justifier, il est vrai l'ultra-libéralisme et la me et la
valeur du mérite). Sans doute, y avait-il de la provocation et la gauche
a retrouvé ses vieilles crispations a autour de la laïcité.
Sans doute, n'avait-(il pas tort de rappeler que notre société,
en mal de repères, ne peut trouver de sens que dans des valeurs transcendantes… Allons,
c'est le diable qui s'avance avec le masque de la vertu, comme
d'habitude. Pauvre Bernanos, qui se trouve recruté, l'auteur
des Grands cimetières et et du curé de campagne, un frère
de Dostoievski_.
*
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle au Vatican
22 décembre 2007 22:27, par admin
Entretien de Nicolas Sarkozy aux médias du Vatican
http://zenit.org/article-16918 ?l=french
http://www.oecumene.radiovaticana.org/fr1/Articolo.asp ?c=175307
L'Osservatore Romano, Radio Vatican et le Centre de télévision
du Vatican
ROME, Vendredi 21 décembre 2007 (ZENIT.org) - Nous publions
ci-dessous le texte de l'entretien accordé hier jeudi
par le président français Nicolas Sarkozy aux médias
du Vatican : Jean-Michel Coulet (JMC) pour l'Osservatore Romano
et Romilda Ferrauto (RF) pour Radio Vati